Valorisation de la biomasse routière : une revue de portée sous l'angle de la durabilité territoriale régénérative

Résumé

La valorisation des résidus de biomasse est de plus en plus reconnue comme une voie stratégique pour accélérer la transition écologique et réduire la dépendance aux énergies et matériaux d’origine fossile. Dans ce contexte, les bioressources sous-exploitées jouent un rôle clé dans le développement de chaînes de valeur circulaires et ancrées dans les territoires. La végétation des bords de route, produite lors de l’entretien routier courant, constitue un flux de biomasse récurrent et localement disponible, mais sous-utilisé, malgré son potentiel pour la production d’énergies renouvelables, le recyclage des nutriments et les stratégies de bioéconomie territoriale. En Europe, le réseau routier dépasse 6,5 millions de kilomètres et génère entre 5 et 13 millions de tonnes de biomasse par cycle de fauche, dont la majeure partie est encore traitée comme un déchet. Cet article présente une revue de portée de ce domaine émergent, s’appuyant sur 43 études évaluées par les pairs consacrées à la valorisation de la biomasse routière. Il analyse les voies technologiques, les orientations méthodologiques et les dimensions de durabilité à travers un Cadre original de durabilité territoriale régénérative (CDTR). Les résultats révèlent une recherche encore dominée par des études expérimentales et axées sur les procédés, notamment sur la méthanisation, les conversions hydrothermique et thermochimique, avec une évaluation environnementale poussée, mais une intégration limitée des dimensions sociales, politiques et de gouvernance. La synthèse montre que les approches actuelles restent largement technocentriques, privilégiant l’efficacité de conversion au détriment de la coordination multi-acteurs et de l’intégration territoriale. Pour progresser vers des stratégies de bioéconomie régénérative, il est nécessaire d’aligner la valorisation de la biomasse routière avec une gouvernance intermunicipale, des cadres réglementaires adaptatifs et une planification territoriale intégrant les objectifs liés à l’énergie, la mobilité, les déchets et la biodiversité. Globalement, cette revue démontre que la biomasse routière peut évoluer d’un simple résidu d’entretien vers une ressource territoriale régénérative, capable de soutenir la restauration écologique, l’apprentissage institutionnel et la création de valeur circulaire ancrée localement.

Publication
Biomass & Bioenergy